6 janvier 2019, première entrée

Elle campe sur le trottoir, de plus en plus contrariée, je m’avance peut-être, mais cela ressemble un à bon lapin posé par un matou désobligeant. Ses sourcils doivent se froncer sous les lunettes de soleil qui dissimulent aux autres son regard, elle s’agite, consulte le téléphone qu’elle tient dans son poing droit, d’ici son profil évoque celui d’une théière, un bras comme bec verseur, au coude duquel pend un énorme sac à main, l’autre replié comme une anse. Je la croise depuis près d’un demi-siècle, avant aussi sans doute, sans que je la remarque, trop engagé dans mes jeux d’enfant. Elle et ses avatars, ses déclinaisons au fil des générations. Parodie de princesse, qui néglige la première tâche de la fonction, sourire, reine de Saba sans grâce ni magie, elle se plaint, habituellement, ou ronchonne, grimace, ou gueule. Elle barricade ses appas de jeunette, dont elle s’enorgueillit, mais abandonne toute défense devant le premier bellâtre rencontré. Elle vilipende ses parents, vraiment trop nuls, et ne s’extraie que rarement de la passivité. Triste théière, je la rencontrerais possiblement, à l’avenir, avec son enfant unique, qu’un amant de passage lui aura planté, quadragénaire venimeuse, qui nous piquera de sa colère, toujours maugréant, encore belliqueuse, à jamais antipathique.

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