9 décembre 2018, première entrée

Faraud comme un matador, madré comme un gladiateur, claclaclac, ses crampons crépitent sur le béton, tandis qu’il pénètre, droit, en l’arène où s’accomplissent ses exploits. La foule hurle son nom, El Burdégano, le meilleur footballeur de la planète, le guerrier symbolique, sans crainte face à l’absence de danger, dont le peuple scande le nom. El Burdégano leur lance un geste, toujours généreux envers ses fans, comme on donnerait la pièce à un valet. S’il expérimenta autrefois la déchéance, les blessures, les complications, les caprices de star, l’affolante certitude de sa déité, la disgrâce hors des cœurs, les moqueries, il sut revenir, par le travail, le travail, le travail. El Budégano, authentique professionnel, ne s’en remet mais au seul talent, il travaille, il travaille, il travaille. Sa beauté, son argent, sa réussite le distinguent de la plèbe, son mauvais goût aussi. Il voyage aux quatre coins de notre sphère, s’harnache dans son avion privé, se délasse dans son yacht, toujours présent dans les endroits prisés, idiot sincère de la mode, qui se divertit de champagne, de coke, de crack comme d’amies de petite vertu. Habitant fortuné d’un paradis en toc, digne successeur des idoles de nos légendes qui se jouaient de nos fortunes étriquées, mais dont la chute parfois frappait le terme. Ce soir, encore, El Burdégano s’apprête à frapper son ballon rond, il s’avance vers le but, arme sa jambe et tombe. Quoi ! Quelle indignité ! El Burdégano enserré, prisonnier, se débat, s’excite mais son corps, si fidèle habituellement, le trompe. Pourtant, oui, il sent, il ressent le craquement de la nasse, il la secoue, voici la liberté ! La mer lui tend ses horizons, tandis qu’il se projette d’un coup loin du bateau de pêche qui faillit le capturer, et, pensif, l’octopode sonde cet environnement. Loin de la renommée qui, certes, va et vient, comme les trompettes, El Pulpo, la plus redoutable des pieuvres de la Méditerranée, scrute l’eau trouble, quêtant une prochaine proie.