Journal (76)

Les arcanes du mystère ne se communiquent pas à quiconque, leur émergence impose une patience compréhensive, une indulgence à l’égard de l’intelligible qui habilite à s’extraire des fossés dans lesquels nous nous embourbons habituellement, préjugés incohérents ou soupçons irrationnnels. Les qualités de Coco Jo-dit-Pinpin lui servaient remarquablement sous ce rapport, Coco exerçait le métier de détective du minuscule, on l’employait pour recouvrer ces objets insignifiants, perdus sans qu’on n’y prenne garde, qui ne manquent pas, qu’on oublie immédiatement. Cette enquête lui fut confiée de manière inhabituelle : alors qu’elle pataugeait dans son feuilleton préféré, qui scénarisait les aventures de Trobel, Bogos et Grokosto, trois voyageurs qui parcouraient les ruines de leur monde, trois fins limiers qui appliquaient subtilement la règle des trois interrogations qui révèlent les facettes d’un problème : Koikékoi ? Kikéki ? Koiskeça ? un message lui parvint sous une forme absolument indéterminée, requérant qu’elle examine le cas d’un individu inconnu, sans doute disparu, à moins qu’il ne foulât jamais cette terre, à moins qu’oublieux de son avenir le spermatozoïde censé causer sa germination ne s’arrêtât sur le chemin, ou que toute autre raison ait empêché ou reculé sa naissance, ou qu’un accident ne supprima toute sa descendance s’opposant dès lors à toute réminiscence du passé de leur géniteur, à toute mémoire qui certifiât qu’autrefois il fût, dès lors même à toute possibilité de son existence. Coco se rendit en un lieu improbable, hors de tout, dont seuls des panneaux de signalisation vierges indiquaient l’emplacement, elle s’y entretint avec certains des résidents qui n’y avaient jamais mis les pieds, devisa longuement avec une antique idole incréée depuis des millénaires qui lui dévoila l’ampleur de son impéritie, puis, assurée par l’incertain accumulé, scribouilla calculs et formules à l’aide d’un stylo à bulles sur un éther fluctuant. Une explosion rompit les amarres du recevable, un tourbillon brassa le magma de l’inconsistant et, enfin, je parus, nous nous embrassâmes et elle me ramena à la maison.