Journal (75)

Allez ! Arrêtez avec vos cavernes ! Je regardais, un soir, un documentaire diffusé par Arte, prenant pour thème la pauvreté. On y évoquait le quotidien au Paléolithique, aux âges farouches, pour reprendre Roger. Sans aucun scrupule, on expliquait que moi et les miens, survivions dans le plus extrême dénuement, dormant par terre, au milieu de nulle part, sans précaution, sans protection contre les prédateurs ou contre les éléments. Indéniablement, la rudesse vérole nos jours, nos mères meurent en couche tellement souvent, le miracle de cet être généré mystérieusement, l’enfant, qui se paie d’une autre vie, un butin lourd et répété, nos anciens et nous, les gosses, que l’hiver abat, certes mais quand même, les copains, nous survécûmes, proches de l’extinction souvent, quelques centaines de milliers d’années, tandis que sur une période cent fois plus courte, vous exposez et votre avenir et celui de tant de cousins, animaux et végétaux, nous montrons autrement meilleure gueule que vous, désolé de vous l’annoncer. Moi, un oiseau géant me becqueta, mes proches me pleurèrent amèrement, dans nos groupes étriqués chaque souffle compte, contrairement à l’ordinaire au sein de vos masses titanesques, où aucune valeur ne dote réellement personne, pas même vos maîtres. On me trouve aujourd’hui sous la forme d’un os, digéré, au sein d’un labo très bien pourvu, et je vous envoie, à tous, mes amitiés depuis avant.