Qi_2

Qi_2 fut, initialement, conçu comme un programme permettant de tester l’ergonomie, en main comme en bouche, des brosses à dents de la célèbre marque Chouett’Chocotte. Détourné de son usage premier par un ingénieur en godemichets, traumatisé, et las d’un métier dont il n’entrevoyait ni la finalité ni la fin, il devint prosateur.

 

Kerdistri

Elle se faufile, se glisse, s’immisce au travers des interstices de la ville nocturne, galop splendide, pétillement fougueux, nous enrobe d’une pellicule nerveuse électrique, langoureuse pulsation, éruption rêveuse, lambine aux songes sélénites ; frayons ensemble sa piste dans le désordre urbain, sarabandons à l’atteindre, elle qui vibrèche les dogmes & les idéologies, que l’on se fonde dans ses farces & ses errements extraterrestres ; restons compagnons de l’insatisfaction.

 

Nonononu

Gerber le nœud qui me suffoque, rejeter toute réalisation, m’épargner l’uniformité des lendemains, m’extraire du passé stratifié, enfin choisir, choisir enfin, puisque le limon des possibles s’assèche, que ne perdure que l’attente ; mené jusqu’à cette plage ouatée de lune, dont la gangue de mazout & d’algues suce ma trace, les goélands glapissent mon agonie, les arbres bruissent ma consomption, mes frères ne discerneront rien.

 

Forgent

Le dôme bleu nous coiffe, serein, des nuages voguent le zéphyr, le puits, au centre de la cour, déborde de glouglous, canards & poules guinchent fébrilement, les uns parlent d’importance, les autres s’imprègnent de l’art de picorer, un chien traîne sa gale & la mélancolie du banni, les vaches ruminent, ponctuent les rondeurs des collines, la béatitude nous enveloppe, à juste déployer notre souffle.

 

Callysin

Parfois aussi, sur les immeubles écaillés de cette banlieue, une housse délicatement recouvre la hideur abrupte, neige, enflamme les veines, veloute tout de froide mollesse, les moufles y sculptent les motifs de l’imaginaire, les bottes s’y évanouissent en courses empêtrées ; elle dégoulinera pourtant bientôt en coulées noirâtres, le dur commandera à nouveau, qui courbe & brise & broie, bousille le beau.

 

Distrater

Fracas du ventre, vêtements coagulés de sueur, sel de larmes dans la gueule, bave rosseries indistinctes percées d’aiguilles, oreilles gercées de piétinements, jambes muettes d’immobilité, t’incline silencieusement jusqu’à l’accoutumance, sourire tordu de malice, prunelles fulgurant d’écume, griffes en surrection, bigle la marée des badauds.

 

Valiticali

Ils tracent, ils filent dans ma rue, je ne devine ni leur origine, ni leur destination, de l’éminence de mon perchoir, j’étudie leurs trajectoires, me penche vers eux & des fois, j’appréhende de sauter.

 

Disticalin

Dans nos mains, chacun un cône à la vanille & à la crème Chantilly, elle, joues rouges de gourmandise, des couleurs, pour une fois des couleurs ; nous dépensâmes notre dernière mitraille dans ces glaces, pour quelques minutes de bonheur, quelques minutes de bonheur.

 

Manterse

Les livres entassés dans le potager, puis brûlés, les bibliothèques sur leur dos, j’y planterai des tulipes, la maison paraît plus grande, par les vitres propres la lumière lessive les pièces, me voilà rajeuni.

 

Distedi

La terre, tellement sèche, se fend, le soleil consume le monde, les bébés ne pleurent plus, nous nous taisons, certains s’écroulent, souvent morts ; personne ne sait où nous allons.

 

Gaticali

Nous, cerveaux & muscles nerfs tendons, nous, sensations, émotions, nous, inventivité, composition décomposition, métamorphose ; toi, alignes nos foyers, coupes nos défroques, toi, ajustes la matière & emballes, emballes, dans tes boîtes nous caser archiver réguler ; nous, déferlement, cassure de la mutation, nous t’échappons.

 

Kerse

Pas peur, on ne peut me toucher, & si je glaviotte du sang, pas peur, on ne peut me toucher, & si mon menton s’épaissit de vomi, pas peur, on ne peut me toucher, & si ma famille gît démembrée, pas peur, on ne peut me toucher, & si les visages des tueurs souillent les allées, pas peur, on ne peut me toucher, & si partout ils succombent & pourrissent & leur haine s’effondre en un ultime spasme, pas peur, pas peur, ma lippe babine, pas peur, mes yeux éructent, pas peur, la cendre me couche, la poussière m’habille, on ne peut me toucher, on ne peut me toucher.

 

Enessis

Vite, vite, tout urge, tout tourne autour de toi & rien ne bouge, câbles enchevêtrés, diodes & écrans, maître de l’atelier, cadenassé à ton outil, tes vociférations furieuses dévorent les corridors, résonnent-elles en retour ? un autre répond-il ? un autre comme toi ? ton égal, esclave enchaîné, maître d’atelier.

 

Horlesti

L’obscurité, reine de pudeur, voile les décombres d’une journée, ils explorent sans hâte les ordures du centre commercial, à l’écart un groupe échange quelques tuyaux, une femme palabre & rit beaucoup, dans la douceur de ce soir de soie.

 

Ovenessi

T’évoquer t’invoquer te convoquer, mannequin plastique, entité hantant les médias où ton murmure incessant susurre ses exhortations à la consommation, ta silhouette ondoyante nous hypnotise, ta peau sans pores nous éblouit & nous afflige, ricane simulacre qui nous asperge de divertissements, divertissements redondants, divertissements pour diversion à notre atonie, divertissements pour évasion, & l’évasion devient enfermement, dans le raffut de ton flot, informations fictions, fictions informations, ta matrice fertile en agitations écervelantes m’enroule dans un filet d’incantations, & moi j’acquiesce, tellement soucieux de moi, à ton exemple, à ton profit.

 

Lesticali

Délivre le verbe l’action la durée, l’humain de rien désapprouve les réussites, la crémation des trophées.

 

Hypose

Bruit, crasse & laideur, voici ce que nous fabriquons, nous les ratisse-dèche, qui façonnons & régissons les domaines que d’autres s’approprient indûment, plantureux terreau, sources limpides, montagnes hautaines, étiquetés de titres de propriété, avec notre assentiment.

 

Flaticali

Dandine, comme seule, abritée des vicissitudes & de la vulgarité, l’élégance en carapace, caparaçonnée, rien ne t’altère, passante vive destinée à ces artères, où l’on décourage les haltes buissonnières, voies de transit aux appâts frigides, comme les tiens, rien n’y dépasse, dans ta mise non plus, dandine, oui, tes mines altières & la dureté de tes façons, le confort de tes logis, l’épaisseur de tes barrières, nous coûtent à nous de plus en plus.

 

Gration

Il me semble qu’il pleut, dans ce pays, sans discontinuer, j’attends sur le trottoir, j’attends qu’on me ramasse, qu’on m’emprisonne, qu’on me renvoie, chez moi prétendent-ils ; chez moi, ça n’existe plus.

 

Litelitio

Le gris délave les années, écharpe tes identités tes personnalités tes caractères, dézingue ta péroraison, & bâtis, lucide, pour consentir un héritage, en accordant tes actes à cette promesse qu’ici nuls pardon ou condamnation, louanges ou malédictions, seul advient l’oubli.

 

Nonistro

Les pétales volettent, typhon végétal dans le magasin de fleurs, le ventilateur les masse, amasse, les disperse, au gré de celle-ci, elle, belle dans cette robe, cet arc-en-ciel de parfums, s’ouvre à sa volupté.

 

Enticali

Je te hais ; je te hais lorsque tu t’agrippes à moi, je te hais pour ton odeur, tes fluides tes déjections, je te hais, toi, tes tactiques primaires de manipulation & ma faiblesse à y céder, je te hais de m’isoler dans le couple par ton indifférence, je te hais pour le récit que tu sers de toi-même, cette pantalonnade, je te hais pour les complicités que tu noues & qui m’excluent absolument, je te hais lorsque tu t’éloignes de moi, que l’absence à ta place me fige, je te hais parce que, seuls, nos cuirs durcissent & se racornissent, se fissurent, je te hais, laisse-moi t’embrasser ; je te hais.

 

Liticalin

Contemple-moi, je pince les lèvres, fruit carnassier, je me déhanche, enfle ma poitrine, houle mon derrière, mes gambettes allongent la résille & mes talons piquent les tuiles, contemple-moi, équilibriste ou danseuse, je me trémousse & ma frimousse se froisse d’un rire, ce rire, encore mon rire, car bientôt, je l’entrevois, je tomberai.

 

Emicati

La nuit, aucune ombre sous les néons, traits effacés, corps douloureux, regards creux, brusquerie professionnelle, nous nous affairons, pugnace lueur d’activité, dans le vacarme des machines ; la nuit, rentrer du travail, tous dorment, aucun reflet, les lampadaires clignotent, un vertige nous punche parfois, comme si la réalité se délitait &, se réduisant à une image, fondait, engloutie par le silence ; la nuit s’éploie à nouveau, dans la nuit, plongées dans le vacarme des machines, des carcasses s’échineront.

 

Entersessi

La solitude étire l’instant, l’angoisse parfois accélère son cœur, vibre ses poignets, puis sa quiétude bordée d’ennui se rectifie, des rares contacts ne ressent qu’embarras, face aux choses, son courage & son envie s’émiettent, les espoirs & le désespoir autant, le moment pèse.

 

Zoodores

Les caddies s’agglomèrent, chacun pour soi, l’homme flotte, maigre, & tellement maigre, les personnes en cage s’en détournent, dans leurs zones, la maladie, la mort, la misère & la démence, on les planque, si forts du nombre, si bêtes & malins, arrêtez-vous enfin ! & lorsque vous planifierez vos fortunes, remémorez-vous cet homme, cet homme, mon père, car nous chutons dans le temps.

 

Lestedi

Je crache sur ton temple, sur tes prêtres, je crache sur ton autel, sur les pieds de tes prophètes, je crache sur tes monuments, construits par les efforts & le génie des artisans, je crache sur tes adeptes, bourreaux qui piaffent sous les convenances ; chères élites, votre ouvrage vous démasque, partout s’exsangue, écœurez notre vitalité, gaspillez l’abondance de nos mérites, domestiques larbins bonniches, érigerons-nous notre libération ?

 

Xanterselly

Tu plies la nuque & ta lâcheté renforce leur mascarade, si peu modestes & terriblement exemplaires, confits d’assurance, consciencieusement carriéristes, s’évertuant à favoriser la guerre de chacun contre tous, ronge tes serres & grogne sous la morgue, eux, de réunions en colloques en études verbeusement sottes, ordonnent ton cosmos, puisque tu y renonces.

 

Laticatère

Comme toi, comme vous, subordonnés volontaires, des boulots à foison, nous nourrissent, nous immergent, acheter pour faire comme, ne comptons pas la fatigue parce que, les enfants qui, qui détraqués, cultivent les conneries, ne comptons pas, les discours entremêlent leurs convulsions, expliquent bien, tout, nous séduisent, nous conquièrent, mais quand, quand nous nous désagrégeons, plus rien, autour, rien, plus rien, les discours n’élucident rien, nous n’en émergeons pas.

 

Distroli

Ce zèle à seconder le chef justifie l’ambition, & réciproquement, entreprendre, organiser, gérer, avec l’agressivité du conformisme, appliquer les usages sans discrimination, proscrire l’imagination & risquer l’extinction, tout cela, & revendiquer le bien.

 

Seticati

Une vertu de transparence embuée de trivialité, une facilité à l’obéissance, l’opprobre versée sur la singularité, cimentée par la méfiance, amène la moisson de la banalité, l’écoulement indifférencié des générations.

 

Graterse

Je vis des gens plein normaux, épiderme net, pomponnés pas ciller, nenni faux pli, aux principes rangés gestes arrangés, rictus qui dévoilait le meurtre embusqué au fond d’iris lisses, postillonnaient de l’ironie sans saillie, perçaient de pointes les revers endeuillés, concassaient les membres handicapés, taraudaient les crânes fêlés, larynx articulant du mollard, je vis des gens, je leur recommandai, confiez-moi votre tendresse car moi, je vous pressens, demain, gens, derrière le déambulateur, pâleur sans gloire, perdrez & raison & direction, fèces sourdront des fesses, organes flétris & le squelette absorbera la couenne, les gens ne me regardèrent pas, m’anéantirent.

 

Anticati

Nos bises crépitent sur ton cou crépi de papilles, nos empreintes ceignent ta semelle, nos os engendrèrent cette glaise qui épouse ton pouce, nos vaisseaux fleurirent cette aire en une ère révolue, toi, expérimente le hoquet du sage, que tu sédimenteras à nos côtés.

 

Onically

Tu t’abandonnes à ton fauteuil, juste désir de te transformer, te transformer en rien, rien, ni l’automate ni le citoyen de deuxième classe qui zigzaguent sans marquer ou léguer, juste rien ; cette civilisation va clamser sous ses déchets, à becqueter comme une truie insatiable cela même que tu produis, &, comme complice, s’ils se perpétuent, tes descendants te maudiront.

 

Ticality

Pressé, pressé, tracté par cet impératif qui ne se déverrouillera plus, pressé, se presser sans distinction, obnubilé par ces vétilles qui pétrissent le quotidien, pressé, enfiler les enjambées tandis que défilent les heures de somnambulisme insane engluées dans un marécage d’absurdité & calmement, ingurgiter cette trouille fétide qui poisse tout ici, la digérer, infâme lame qui taillade les tripes.

 

Pressis

Lui, toujours lui, lui peuplé de lui, partout lui affiche lui, lui, babille voluptueusement, se love dans l’immaturité, se poursuit lui, lui ne subsiste que servi.

 

Bouseous

Je me gorge regorge de lyrisme, dégorge le cynisme, mes crocs réclament la viande du concret pour emplir le vide qui ravine un univers édifié sur la carence, titubant sans rien découvrir ni comprendre, désarmé d’étonnement, effaré de frayeur, la vie se déboussole, nous charrie, grouille sans pourvoir de sens, expérience sans progéniture, l’intelligence & ses œuvres se corroderont-elles jusqu’à s’éteindre ?

 

Enticatere

Densifie, réduction de la dispersion, conserve, sustente le kaléidoscope qui pétarade en toi, nul égoïsme, mais aucune vacance, ne sacrifie pas tes aptitudes, évente l’appel d’une considération trop insistante, en cet enclos de l’exploitation & de la rivalité.

 

Resselity

Les hôtes arpentent les parquets vernis, dignité polie, courtoisie apprêtée, vrillées parfois d’un éclair de méchanceté jalousie, on se toise, arrondit le jarret sans arrêt, on saupoudre séduction & dédain, regrettable engeance trop bien apprise à s’inféoder, leur rostre les repaît d’autorité.

 

Ressebaringly

Ces trop mimis jojos joujoux, manufacturés soigneusement depuis la parturition par la médecine esthétique, & dont la pétrochimie & le textile étayent encore de postiches les malfaçons, comment pulvériser les cailloux incrustés sous leurs paupières ?

 

Quityli

Voici le message acquis de mes équipées, l’espace ne se mesure pas, il s’impose, si tu en retranches tout, il persiste, lui & ta pensée & la crampe à ton mollet, les distances tuent moins que ceux qui s’y amarrent & l’âtre de ton cousin console tes courbatures tes blessures ta disette & tes flux d’intestins, la mutualité affermit.

 

Ononate

Mouille, mouille, ressac des hanches, mouille, mouille, & mes doigts te dessinent, toi qui chantonne dans ces couloirs, au rythme de la gaze de balayage, de la frange de lavage, mouille, mouille, & patine, tu nous embellis.

 

Extringlestri

Boule de détermination, toujours bronzé/cintré, emberlificote allocutions, le ploutocrate sardonise l’électeur, bouclé dans son bastion, cuirassé de fonctionnaires qu’il dénigre ; il hennit & honnit.

 

Trationus

Tant tortille de la croupe, tactactac, cogne ses sabots cognent, dégaine une solide rangée de dents, moqueuse mais muqueuses cramoisies, & le putatif, le farouche fiancé papillonne, s’excède, & puis s’enfuit, & puis s’excède, avant de s’enfuir, elle trépigne, fulmine, naseaux vulcanisés, bouleversée cramée par les hormones, maaa ! mate-moi le matou ! mamama ! craque donc le cric, qu’il se caracole le cul, qu’il croque ton bec, le coquin à la chique chic mais chiche, qu’il te la chouine pas macache, & ne s’épanche en chuintant des chichis, chope la chochotte, tu lui chuchoteras bien tes charmes après la chose ; ils cavaleront, leurs foulées les unes dans les unes, mastiquant de même, les poils vieillis sous de semblables astres & d’identiques ondées, ils esquiveront unis, longtemps, le trépas, longtemps, &, tristes & gais, endureront leur déroute.

 

Entedisti

Gambade sur le zéphyr, mongolienne aliénée, butine la géographie des remparts, navigue sur les flaques, stridule sa mélodie ; & ça se rue autour, ça se rue autour.

 

Yolity

Incités à l’entr’aide par la nécessité, sans doute désapprendrions-nous nos balivernes & nous guiderions-nous mutuellement vers la bonté, sans doute, mais je crains mon semblable, ce salopard, & le déteste.

 

Flograte

Ils ânonnent de pâteux laïus, laborieux clampins qui ressassent les mêmes arguments simplifications généralisations, se chamaillent s’insultent s’invectivent, s’embourbent dans leurs dossiers fiches rapports, mâchent remâchent sigles & acronymes, charpentent de fil blanc plans schémas stratégies, ils vaticinent sur la décadence, sur la catastrophe qui menace, ils nous dilapident.

 

Micalli

Lévite sur ses escarpins, fardée geisha, fringuée polissonne, elle nous invite, eh ! à nous palper nous blairer nous marrer nous chauffer, face à face, pas pétocher, nous choyer, nous chérir, nous instruire en générosité, eh ! elle, beaucoup l’évitent.

 

Berse

On gronde, salue d’un gosier aride, ne se mélange pas, le pauvre redoute le pauvre, margoulins aux margoulettes lustrées, ils nous louent quelques résidus d’appartements dans des venelles à pisse, leur perversion morose arrose toute superficie d’étendards dardant leurs blases, & indiquant chacun, ils proclament me voici moi, moi, & voilà moi, & moi aussi, tout ça, moi, & moi & moi encore, moi moi moi, partout moi ! avant que de claquer, place aux suivants.

 

Bariesti

La gravité nous scotche là, là sur nos grabats, là, là, où ? là, là, en plein branle-bas, où ? si si ici, dans les débris du boutiquier, la flotte y manque, là, là, ici, & le courant, là, là, le courant manque ici, si si, la nourriture parfois, la nourriture manque ici, nous expions notre respiration, là, expirons ici, où, où & quand, quand, ici, recouvre la dette de notre naissance, vendons ici, vendons tout au boutiquier, nous nous vendons, nous vendons, nous, nous vendons, tous les bouts, les bouts de nous, au boutiquier, oui aussi, ici, les boutchous, leurs bouts, bouts de boutchous, oui ici, là, las, la honte sape nos moues, là, elle, aussi, épingle de saleté, avale des hublots la damnation, rien ne vocalise, ne vocalise rien, rien, & rien qu’un rein en moins, là, quand eux, elle, la vendirent, elle, aussi ici, qui crawle au milieu des épaves, épaves croulent, & serpente furtivement jusque là, là chez l’amie, on récure on essuie ici, des fois, voilà, on s’associe ici, voilà, des fois, des fois aussi, aussi ici, des fois, ici quand même, aussi, ici, des fois, des fois on s’étreint, des fois, des fois on s’étreint.

 

Ristrous

Drugstore bistrot resto, optique & quincaillerie, primeurs rumeurs, potins, potée pour les potelés, du tord-boyaux pour les pabos, des paraboles, quelques bolées, des bolets roses, & un antique traité de boléro, encore plusieurs monceaux de trucs, & des bidules des modules des pilules, & lui qui règne sur le capharnaüm, superlativiste taxonomiste, prescripteur d’apéros, passeur de gastronomie, à chacun sa gamme dans l’amalgame des gamètes & des gamelles, s’esquinte de tout, un allumé des amulettes, de totems & talismans, toute cette camelote dans son échoppe, sa forteresse contre le néant.

 

Pariglesse

Dans les intervalles, les friches, nous, dénouée la laisse, dénouée la vesse, par un vantail, une ventilation éventrée, par ces réseaux qui cisèlent la localité, nous, les vaincus de la compétition pour la possession, un tourbillon bouillonne nos bouilles, & la turbulence de notre tumulte, l’ardeur de nos cuisses, la vigueur de notre ténacité, nos qualités si âprement déniées, nous soulèvent, nomades crânes de par la rudesse de notre sort, nous, invisibles dans vos labyrinthes, vous nous connaîtrez, & nous battrez, & nous résisterons.

 

Sedisticat

L’oxygène saoule notre sauce, pompe pompe, pompe cardiaque, robuste pompe, dans les tympans, le palpitant, pépin pépite, pompe pompe, robuste pompe, si l’érosion pète la pompe, robuste pompe, ça se prolonge & pompe, pompe pompe, robuste pompe.

 

Jacticali

Ouf, la rivière t’embaume baba, baba bois, bois baba, les douleurs s’estompent, leurs morsures assoupies, baba là-bas t’extirpe de toi, baba, sous le bât, oh baba, l’onde féconde délaie le cambouis de l’usine, baba, & ton ancienne faconde exploserait presque le béton de ta parole d’ouvrier, baba, le bois ramage & grignote & s’ébroue, baba, ouf, sous l’ombrage des frondaisons, baba, ils ne te rabattront pas, ne te choureront pas ton choix, baba ne balbutie pas, il souhaite adieu, plus de baba.

 

Prestrie

Kikou ma canne, ma canne souple, mon soutien, canne cadenas & canne nasse, comme un kakou je m’y appuie, sa nuque couine, ma canne pas franche, ma canne flanche, & je m’affale, quel souci ; fi de cancans, ma canne, ma canne souple, du tout cannée de nacre, canne de cancre, je me l’appuie & elle, couine, je ne m’affole, pas pour six sous ; câline canne, si je canais, si me noyais dedans le lac ou le canal, si je coulais, toi bien toute souple, ma canne souple, souple si souple, tu appuierais, aucun sursis ; mais ma copine, copine canne, ma canne souple, quoique la pluie, la canicule, m’accompagne, coriace carne, à puissant gant, boxe ceux-ci qui nous sourcillent.

 

Foixaille

Ronfle le fournil du boulanger, ronfle ronfle, ronfle ronfle, gonfle levain, ronfle gonfle, ronfle gonfle, renifle le fameux fumet, ronfle gonfle & renifle, ronfle gonfle & renifle, pas tôt le boulanger, pas tôt retire son chapeau, son chapeau de boulanger, pas tôt tire son chapeau, chapeau bas, chapeau bas à l’appeau, l’appeau d’en bas, qui patauge, pas pataude, patauge dans les rouleaux, l’appeau des rouleaux, elle patauge l’amante mammifère, pas pattes hautes mais des nageoires pour sa mie, la mie du boulanger, fière & cétacé, elle siffle, dame dauphin, siffle sans succès, siffle ses riffs, depuis ses rivages, depuis des semaines, siffle d’épuisants mirages, il travaille, le boulanger, travaille, veille aux victuailles pour ses voisins, son devoir, sa fonction, sa civilité, il travaille le boulanger, travaille sans bayer, baille pains & biscottes, il travaille, travaille des biscoteaux, elle siffle, dame dauphin, elle bout, danger au boulanger qui se paie sa poire, sa pomme de dauphine, de dame dauphin, la dame dauphin que le démon démange, pas tôt le boulanger, presque pas assez tôt pour parer la panade, pas tôt se pavane & parade, & exhibe, oh ! déballe une obole, un buste & une queue de dame dauphin, qu’il exhibe, oh ! sur un pan de balcon, & pan ! boulanger, les mouettes, à son buste, boulanger grosse patate, les mouettes lui foutent une peignée, bouffent, bouffent les mouettes, les mouettes bouffent le buste, & s’empiffrent sa statue de pâte, boulanger, boulanger, le boulanger ne mégote plus, plutôt que la gargote, gargote de boulangerie, il plonge, plouf ! plouf le patapouf de boulanger, & toi, oui toi, le dégoteras-tu ? où le dégoteras-tu ? sur les colonnes des rochers ? ou celle de sa dulcinée ?

 

Nicomeuille

Mi nénette mi tabouret, par la vitrine sonde le piéton, le jauge, le catalogue, hiératique sur ses quatre petons, accoudée au comptoir, mirettes éprises de mépris, la madone constipée brocarde, sa culotte de cheval empalée empâtée par l’habitude, étiolée dans ce café.

 

Vaillesecerty

Chuuut, à l’aplomb d’un sommet, sur la grève d’un océan, chuuut, dans la vacuité de la plaine, la plénitude d’un désert, chuuut, sur l’herbe d’un pâturage, sur le gazon d’un parc, dans le roulis de la foule ou le bourdonnement de la retraite, chuuut, nous évacuons notre enflure, ses éraflures, l’acrimonie ancrée dans notre rapacité, chuuut, bouchons nos claque-merde, un peu, campons, un peu, dans l’aversion des multiples versions que nous verbalisons de notre superbe rareté, chuuut, discrets, récupérons de notre fatuité, chuuut l’aminche, quittons la scène, son cabotinage & ses grimaces, réconfortons-nous en compagnie, voilà, chuuut, nous ne les entendons déjà plus.

 

Neuseille

Prodigieux guerrier qui surpasse l’ordinaire par ton empire, combattant des causes, inflexible sentinelle de l’idéal, pure projection du mythe, ta volonté dompte inexorablement les déchaînements du chaos & tu blâmes l’asthénie populacière, & moi je te conchie & moi je te compisse & moi le médiocre j’emmerde ta putain de flamboyance qui me cocufie, moi qui me heurte à mes lâchetés, qui rencontre parfois la bravoure, moi qui geins sous les tourments, qui sublime parfois ma sordidité, je t’encule, toi, & j’encule tes lignées consanguines utérines, moi le serf, je te renie, le rachis pas même raide, guerrier prodigue, combattant pilleur violeur, tu culbutes & embrases, infécond, infructueux, tandis que je monte des bâtisses ridicules, & tout cela, & tout cela, & encore, encore, pour les siècles des siècles, & encore, & tout cela, & tout cela, & encore, pour rien.

 

Kuibaille

Booo ! booo ! booo ! dedans d’oubliettes, caves jouets agglutinés, animés d’une manière de fièvre, révérons, réverbérons l’extase, pluriel dissous dans l’adoration, booo !, tempêtons pour nous abîmer au débordement du tsunami, frérots ! frangines ! nous diluons nos égos, déréglés, déréglés, gloutons de cécité, nous inondons, nous inondons, jusqu’au bout, loin, jusqu’au récif qui nous éparpille, gouttes gouttes.

 

Podraille

Tapage, comme le rugissement du primate, massue brandie de la conformité, or, en contre, tension du dialogue de soi à soi, ressort de la pensée, confrontation à la conscience, s’épancher, disserter, tension tension, ne pas souscrire à la bêtise, pendant que raillent & braillent, tension, louvoie, élude & riposte, tension, mordre la horde, se dérober & mordre, mordr’encore.

 

Penqouine

Le monsieur, monsieur aux noces de diamant, se régale au restaurant, sa cantine, se régale & se désole, je déguste ce dessert si savoureux, oui je me régale, tandis qu’elle, oui, tandis qu’elle, meurt à l’hôpital.

 

Henquouine

Le triomphateur s’octroie, nous, le sol, la flore, la faune, & nous, le gavons l’engraissons, graille graille, le zig graille, le zig se boursoufle, il boulotte & crotte, & le gavons, un peu nous concède, nous jure que nous lui redevons, il bâfre il boustifaille, il chie il chie mais comme il chie ! & sa bouse pénètre, imbibe, corrompt, sa bouse envase nos œsophages, obsédé obscène attention aux glissades, toute puissance s’essouffle & la tienne, disparaîtra dans un vermeil coulis de diarrhée.

 

Kenvysi

Se présenter sans vanité, offrir ses paumes & sa prévenance, par la beauté du parler, la fluidité des formes, l’exubérance des teintes ou l’émoi des sonorités, applique ton assiduité, ignore peines & détresses, transpirer quelque grâce, ton émolument, ton asile, te garantira presque la respectabilité.

 

Henbyfouille

Le dépouillement & la frugalité lui enseignèrent le décrochage, nudité du logement, nudité du locataire, douchés de photons, disponibles au présent, puis le turbin, circuits en camion poubelle, boucan du rotor qui rote son remugle, purée de croûtes, pâtée de médocs, urines excréments menstrues & spermes, asticots du mois, clandestins électroniques, plastoc plastoc plastoc, nos saloperies irresponsables, gare aux coupures, grimper descendre, grimper descendre, les simagrées des distingués salauds, tut tut, jarte ton mastar de derche, ilote pour des ballots, l’ilote grimpe, & puis descend, bennes sillonnent & expulsent & sillonnent encore, grimpe, & puis descend, grimpédécent grimpédécent, cependant, grimpédécent, cependant, le dépouillement, grimpédécent, ou la frugalité, cependant, grimpédécent, racler le relent de rebuts, autant que autant que, & cependant, l’ouverture au repos, la nudité du logement, la nudité du locataire, pansent apaisent rassasient.

 

Fegatucien

Dans ton placenta, tu gesticules, guilleret presqu’épanoui, sémillant trop optimiste, ce que vise l’obtient, foncer foncer, enfoncer, oooooh ! révoquer le malheur par l’allégresse, fonce fonce, défonce, aucun problème, il suffit de, ouais suffit de, suffit de pognon, suffit fi ! suffit d’éluder l’insurmontable & l’odieux, suffit fi ! suffit d’omettre les, les qu’on immole chaque seconde, & dans les mines manufactures, partout où on pile de l’hominidé, suffit fi ! suffit de, suffit de, suffit de ne plus plaindre, foncer enfoncer défoncer & positif, suffit de jubilation & positif, & positif.

 

Beunouille

Stress ! avant que, stress ! le public, garde à vous anonyme, décor, stress ! estomac et pectoraux pétrifiés, se, avant que, se, se détendre, soumettre l’esprit, stress ! bientôt, bientôt l’adrénaline, transcender la souffrance musculaire, bientôt, bientôt, se avant que, stress ! bientôt bientôt, & choc ! force se déclenche, la force, la force, donne pousse ! & donne ! & pousse ! encore encore, pendant que, donne pousse ! encore ! & transcender, mais la souffrance, mais la souffrance, & donne ! & pousse ! & pousse & pousse & pousse ! à l’objectif ! enfin l’exaltation, la frénésie vite balayée, l’exténuation, cette torpeur tampon en récompense, à l’objectif, à l’objectif, & après que, après après que, après plus d’objectif, la monotonie comme un exil, une claustration.

 

Roukebiergie

Tout enlevé, quoi se maintient ? où situer un au-delà de l’infini ? quoi précède le commencement ? comment croire à toi, à moi, à nous ? fixer l’air, ne rien percevoir, ou peut-être comme une nuance d’incertitude, s’éprouver soi, ou qui ? qui se soustrait, qui ne se déchiffre, toujours céans, reconnaissable, toujours différent, inatteignable, ou cet organisme ? parcouru squatté sauvegardé, chambardé par d’autres, d’autres organismes, qu’il assimile, unité ambiguë, chanceler devant le colossal & le nébuleux, stimulé par la timidité, horrible & légitime, enlacer secourir épauler toi moi ou nous, notre richesse tragique, & guigner les charognards tandis qu’ils fourbissent les doctrines de la déprédation, décliner leurs prétextes infantiles, bichonner la fragilité de nos alliances & de nos résiliences.

 

Mainhaloin

Engelures, brûlures, des squames, mycoses, acné à son acmé, fourmillements, frissons, ballonnements, occlusions, température, sécrétions, amputations, paralysie, des élancements, des lacérations, du supplice, puis se projeter que dalle, rien de voix, de toi, agrégat de bidoche, étrange zéro, alors hagard, respire, sens comme tu respires, respire, élimine la frousse, le malaise tapi dans tes synapses, nous concevrons tantôt les myriades & les myriades des caresses, les myriades & les myriades des baisements, les myriades & les myriades des mots, qui ménagent la gracilité de nos ligatures, dans ce bouillon énigmatique.

 

Bidezouvi

Orteil poisson nageote aux tréfonds de la bassine, des bulles bulles trahissent le monstre des profondeurs, timoré folâtre, myrtille groseille cassis, bulles bulles, tout le répit & tout le frais.

 

Roudierva

Mais sans dout’encore plus, ta présence, exactement, ta présence, auprès proche ou même périphérique, saisis-tu comment cette sympathie, un mystère très connu, une bénédiction dont nous nous gratifions communément, comment des orgueils se combinent, une somme qui n’aboutit pas qu’à deux je, dévêtue la retenue, désamorcée la conquête, tu saisis comment, saisis-tu, ou.

 

Sisagi

Leurs retrouvailles hebdomadaires ondulent ainsi dans le plaisir placide, conversations quiètes de ceux qui ne cherchent plus à prouver, à prouver quoi, à prouver que, écoute indulgente, écoute altruiste, aucun brouhaha narcissique, nulle vacherie, nulle superbe, qui dérangent la sieste vigilante du chat ou la chaloupe rieuse des deux chiots, ils cuisinent, chaque à sa tâche, cliquètement des casseroles, des couverts, partenaires chevronnés, entente efficace, mijotent cet opus, réunis, bienveillants.

 

Sapance

Sudation, exhalaison de moi, trempe ma vacillation aveugle, trachée raclée, kitouni rôti, ô Sol-Rê vitrifie mon hubris, insensible, insensé, dessèche-moi jusqu’à l’ossature, jusqu’à l’esquisse, animal féral s’affranchit des autorisations fériales, annihile les leçons de sa domestication, & crever, crever le museau dans l’humus mais pas désemparé, pas, non pas, égaré, complètement teubé, tributaire d’assistants condescendants, désinvoltes, crever, crever bordel, selon ma résolution.

 

Gouilvapiedpan

Je m’engage à avancer obscurément, intellect qui claudique, qui fainéante, énergique parcimonieux, je promets le talent, pour la lenteur, & des flâneries sur les sentiers négligés, je me félicite de persifler, relax, la concurrence pestilente entre & entre & entre, de végéter rejetons, tendrons, nain de la futaie, follement avare d’il faut d’on doit, de mesures, d’exceptions, & sans détail de buissonner admirablement inutilement.

 

Randezboi

Elle se scrute, s’examine dans chaque carreau de devanture, retouche & rétablit la toilette, les parures, moi, je suis & je souris, un cheveu déplacé, une fringue rebelle, s’adore, s’inquiète, se navre, & je suis & je souris, elle inspecte ses ongles, ses bijoux, bagues ou collier, la tenue de son teint, je suis & souris, en m’imaginant compréhensif, je suis, je suis, mais je ne souris plus, car je réalise, oui, comme nous nous contrôlons, sans arrêt, interrogés par d’innombrables miroirs, nous nous contrôlons.

 

Tynamanson

Nous roulons sur l’autoroute, un trou perfore le toit de la voiture, lui, se hisse le réparer, je ne conduis pas, personne ne conduit, aaaah ! la lénifiante fraîcheur du vagabondage.

 

Docoflo

S’insinuant en un âge, dont les brumes intriguent les civilisations, simplicité & bonhomie, mâchoire non cannibale, du don pas minuté, des chemins sans podiums ni médailles, la prévenance tressant le ballet suave & doux des signes de moins roués, cruels, ingrats, arrivistes, putassiers, hypocrites, menteurs & serviles, notre nature ?, quelle nature ? puisque nous évoluons, sur la décrépitude qui morcellera nos artefacts familiers, sur notre fin, essaimerez-vous ces espèces originales, d’une irréconciliable altérité, votre postérité ? sans nom, ni nation, sans patrie, ni terroir, ouverte à l’inconnu, résolue à l’incompréhension, tandis que, tandis que, toi, ta règle fouette, tes injonctions carbonisent ma substance, ta création me bourre, & bourre ton toc entre mes côtes, voici ton ordonnance : je trahirai, je tromperai, je volerai, piloté seulement par la perspective du butin, je suinterai l’astuce & ramperai obséquieusement, toujours la canine en perce, voici ton ordonnance, piètre, pitoyable, pathétique enseignant en nullité, mais, moi, j’abats ton postiche, où ta surveillance se relâche, je débride, je promulgue la fantaisie, je dégraisse ta grisaille.

 

Hoanor

La place, comme une rôtissoire, du minéral qui diffracte les lances électromagnétiques de Phébus, & nous crâme, tandis qu’une république sculpturale domine de son élan impérieux notre prosaïsme tant daubé, la place, inhospitalière, avec ses bancs gauchis, nous nous y installons, nous, à qui on prêche & la bataille & la barricade & la truite, mais nous, qu’on jarte des lieux communs, & nos gamins, plouf, flac, ploc, barbotent dans la fontaine, sous les arpions de l’idole de pierre.

 

Woujic

Le canapé se plisse & crisse sous son fessier massif, pendant qu’il développe ses projets, jacasse & cause, vesse & rigole, vesse & rigole, il prédit de s’en sortir, sortir d’où, sortir de quoi, pour se rendre où & donc pourquoi, lui, il s’en fiche, vesse & rigole, vesse & rigole, échoué sur la vachette du mobilier, comme un morse sans remords, goinfré de banquets, s’étale sur la banquise, il psalmodie, ça marchera, ça marchera, vesse & rigole, vesse & rigole, puis son expression, bien trop enjouée, se hausse encore, jusqu’au maboulisme, tandis qu’il tricote les filoches qui emmailloteront ceux qu’ils convaincra à son emploi, vindieu, qu’il vesse & qu’il rigole ! & sa liesse, alimentée de vents, exulte, sans jamais s’harasser, taïaut, taïaut, mais sans jamais non plus combler l’incuriosité, dans laquelle se dissipe son bavardage, voilà, autour, juste walou.

 

Cichina

Dans ce village, on vote en faveur de l’égalité entre tous, on se flatte de préférer, à l’oppression, l’équité & la justice, on s’enorgueillit d’idées progressistes, dans ce village, on s’amabilise en société, on se prête assistance, comme dans une parentèle, dans ce village, on fronce le nez devant le spectacle de ces babanes qui campent, avec leur portée, dans une ferme décatie, & tout cela brame, tout cela remue, & cela empile les immondices, en prétextant de recycler, dans ce village, on demeure, proprement, entre soi.

 

Polograte

Sous un taillis du square décrépit, deux amoureux se serrent, bouches arrimées, momifiés, une créature arrache de leurs scalps quelques mèches, pour garnir sa tanière ; le printemps arrive.

 

Famyzka

Les trompettes, pouët-pouët, accordéons, flonflon, les violons, crincrin, & tarazimboum ! nous t’applaudissons, nous te bécotons, de loin, loin, loin, icône imputrescible, qui virevolte & capote nos tracas, ton symbole s’imprime dans nos chairs comme au fer, & nous te dédions nos viscères, nous nous dévouons à ton ornement, alors que, dans un grondement, ta cavalcade de géant nous surclasse, bien attisée par ta chiasse.

 

Dydeu

Chaque nouveau bâtiment, dont il épluche les caractéristiques, le défie, chacun avec ses irrégularités, ses dysfonctionnements, qu’il se chargera de réformer, car sa mission consiste à normaliser, selon la réglementation, ainsi que selon les directives de sa hiérarchie, un matériau récalcitrant, de plus vicié par l’usager, ce parasite qui l’infeste & qu’il désirerait tant éradiquer.

 

Kabgurz

Survis, les murs n’empêchent pas la vision, survis, les barreaux ne cassent pas l’ouïe, survis, ô mon seigneur, la langue tranchée, pif concassé, écorché totalement, je survis.

 

Dudet

Moulée dans un jean mal taillé, affublée d’un sweat difforme estampillé du logo de l’entreprise, elle bosse sur ses plaques de cuisson, des commandes, des sandwichs, des commandes, des sandwichs, les effluves du graillon adhèrent à elle, elle, dont la disposition abonde en miracles, & nul autre que moi n’en profite.

 

Pabeuille

S’emmêle, chaussures, pantalons, le reste aussi, baisers, baisers, baisers, tournis d’bavardes, gargouillements, succion, bouquet d’panards, de troufignons, le reste aussi, gigote, baisers, baisers, baisers, ça colle, se décolle, colle, se décolle, râle, halète, gémit, le reste aussi, & gueule énorme, descente déjà, un peu déçus ; nous faisons l’amour, composons une relation, idéalisons l’instinct.

 

Lestrier

Ses boulets de charbon oculaires, malveillants, se rivent à toi, elle se prépare à bondir sur sa proie, toi, elle aiguise ses piques, ses poches à vilenie sécrètent leurs venins, contre toi, cette garce qui régente les achats de fournitures, stupide & mauvaise, singeant la besogne sans que ses simulations bernent personne, inspirant l’effroi, la moquerie ou le dégoût, ou les trois, la sonnerie de son téléphone te sauve de l’assaut &, tout à coup, son charbon s’attendrit, ses intonations s’émeuvent, elle se répand en empressements maternels, s’excuse & se lamente, sérieusement engueulée par sa fille, ton involontaire vengeresse.

 

Parion

Jours d’hiver, jours de manifs, transports en commun bloqués, le boulevard, exceptionnellement, se couvre de piétons, qui conversent parfois, souvent pour se plaindre.

 

Nyhm

Écoute mon petit, écoute ton grand-père, voilà, emmitoufle-toi dans ta couverture, doucement, ne la déchire pas, écoute-moi, écoute ton grand-père, pitié, ne sanglote pas, oui, aucun foyer ne te réchauffe, mon pauvret, je ne trouve plus rien à consumer, je ne trouve plus rien non plus à manger, écoute-moi, écoute-moi mon petit, quelque part autrefois, s’étendait une contrée plantureuse, la végétation y proliférait, dans une débauche de coloris, verts & incarnats & indigos, jaunes ou encore blancheurs inaltérées, & au milieu de ce foisonnement, écoute-moi, ne doute pas de moi, écoute ton grand-père, au milieu de ce foisonnement pullulaient des milliers de bêtes, de tous aspects, & ils volaient, ils couraient, ils cabriolaient, ils nageaient, & tous s’assemblaient autour d’un interminable ruban d’eau, de l’eau, oui, écoute-moi, de l’eau dans de telles quantités que certains s’y baignaient, là-bas, avant, quand d’autres cabanes, comme la nôtre, oui, mais vastes & fastueuses, voyageaient sur cette eau, tellement, tellement d’eau, oui, mon petit, comme tu n’en rêves pas, comme tu n’en rêveras jamais, de l’eau qui ruisselle, comme mon radotage, oui, mon misérable radotage, que tu ne piges pas, que tu ne pigeras jamais, mon petit, mon débile, mon contrefait, oui, sommeille donc, chasse un moment ton affliction, grand-père te protège.

 

Gegg

Un client, un peu plus loin, maugrée sur son ticket de caisse, on lui facture alors que, une autre soupire, très distinctement, & déplore, très ouvertement, de se gâcher à poireauter, une troisième s’en branle, elle discute, son intimité déroulée, avec un lointain correspondant, une mémé résignée n’aspire plus à rien, & sur notre petitesse trop quotidienne, sa mansuétude, à elle, la caissière, plane, tandis qu’elle plaisante, sermonne, orchestre nos jeux si brouillons.

 

Rynoddi

Dans la fabrique, les bécanes, brutes repues, comme absentes dans leur désœuvrement, fomentent le réveil de leur vilenie, tes EPIs bien disposés en épis, tes autres frusques bazardées pêle-mêle, tu picoles une bière, à la santé des trouducs.

 

Kangun-kai

Le port après l’averse, les coques des bateaux brillent d’humidité, les cieux flambent de magentas & de turquoises, la mer se berce ; imaginer l’énormité de son volume & ses abysses, s’exposer coi, à califourchon d’un bollard, inhaler, bien à fond.

 

Laintoin

Une marche de tuffeau mène à une porte de service, une marche creusée par les frottements, par le passage de tant des miens, une marche comme témoin de leurs existences, jadis, une marche comme lien avec ces disparus, amnistiés par l’impassible innocence de l’espace-temps, une marche qui annonce mon irréfragable destin & scelle le prodige de nos étincelles, précieuses car jamais reproduites, précieuses car condamnées.

 

Tagsbiu

Le brouillard oblitère affectueusement le château, château lointain, château proche, au-delà d’un champ dont seule la mémoire atteste, le brouillard te confine, résurgeant les territoires de la magie & leurs archétypes merveilleux, vigoureuses épures qui permettent les sentiments entiers & les nobles inclinations, cartographie protéiforme que nous fécondons d’histoires qui régiront nos représentations.

 

Toqot

Ainsi, les peuples impétueux se dresseront-ils contre les tyrannies, leurs sacrifices châtieront l’affront infligé à la liberté & sur le charnier blanchi par leurs ossements, enrichi par leurs putréfactions, une cité généreuse les accueillera, gracieuse comme une mère ; mais nous, camarade, mais nous ?

 

Cucty

Un moucheron, délicat le moucheron, clopine sur le plancher, un moucheron, frénétique le moucheron, voltigeait autour du plafonnier, voltigeait comme un con, pourquoi ? pourquoi ? il voltigeait, il clopine, épuisé, rincé, pourquoi ? pourquoi voltigeait-il ? que sentait-il qui l’attirait ? je le recueille, je le cueille, le délicat moucheron, inconscient du secours, je le libère par la fenêtre, voltige mon moucheron ! je te libère ! mon délicat moucheron, il s’élance, hourra, hourra, & puis il choit, trop éreinté.

 

Qonkiersoui

Jardins des corpuscules, citadelles délétères, ghettos d’où se guettent les invasions, enceints sans accès ou clos mausolées, enceints casernes, enceints pénitenciers, enceints pensionnats, couvents, orphelinats, enceints au sein de l’infertile culture de masse, enceints par la suspicion, enceints impatients qu’on dévergonde leurs gonds & leurs pênes & les laboure, les ensemence, même enceints, décachette leur profusion encorsetée, & que leur aridité, sollicitée par les soins, livre une ferveur revivifiée, qu’ils abolissent les bornes & croissent pour, même modestement, même minuscule, être.