Journal (71)

Il jacasse depuis cinq incroyablement verbeuses minutes, derrière son pupitre, cérémonie très officielle, je constate l’agacement, la lassitude, qui s’installent dans les regards, le Soleil fait beau dehors. Certains soutiennent qu’il noit le poisson, mais certainement sous l’armature de son crâne épais, expire interminablement le pauvre animal, qui s’agite, pris de soubresauts, et les mouvements de sa queue provoque l’agitation des lèvres de notre piètre orateur. Curieux mélange que celui-ci, moitié maquereau, moitié maquignon, un macrognon en quelque sorte, Monsieur le Vice-Président, n’oublions pas les majuscules si pleines d’elles-mêmes, hante les coulisses de la politique locale depuis des décennies et parvient régulièrement à rafler quelque éminente fonction de second couteau, notable connu seulement de ses pairs, qui se faufile en coulisses et squatte les institutions. Une seule œillade du pépère souille déjà le corps de celles sur qui elle s’attarde, ses bises collent comme un viol, et sa salutation dégénère de manière tactile, Monsieur le Vice-Président, le sbire qui officie aux basses œuvres du pouvoir, éternel Iznogoud, qui s’arrange de combines pour grapiller dans la marmite de l’argent public, que ses patrons préservent à leur portée, sachant qu’il ourdira sans cesse pour subtiliser leur place, et que plus près, il sera d’autant mieux surveillé. Monsieur le Vice-Président, le voleur de poules, se décline en de multiples doublons, exaspérant ses collègues, épuisant nos expectatives de citoyens. Les pourvoyeurs, professionnels et amateurs, de bons conseils me garantissent que Monsieur le Vice-Président relève de ma responsabilité et m’abandonnent à mon problème, mon problème, le même qui me plombe depuis des millénaires.