12 novembre 2018

L’arbre en face de ma fenêtre penche vers le mur qui le jouxte. Mes lumières en matière d’horticulture me perdraient très vite, même par les chemins balisés de nos forêts domaniales, si impeccablement toilettées pourtant, quand même, ne profiterait-il pas à s’étendre vers la lumière, dans l’autre sens, de l’autre côté ? S’agirait-il d’une espèce d’origine anglaise, qui brûlerait au contact des UVs ? Quel incident invisible l’orienta-t-il ainsi ? Quel obstacle, pour moi obscur, le dirigea-t-il vers la façade et la fenêtre de la mamie voisine, celle qui sort les poubelles ? Comme tout cela se ressemble en outre : la source féconde qui se métamorphose au gré de ses rencontres, en rivière, en marécage, en étang, en fleuve, en lac, en mer, tout ce lacis qui évoque si bien les réseaux qui nous nourrissent, nous, les eucaryotes, les lapins comme les carottes, ou les sinuosités des villes antiques, s’adaptant sans cesse au terrain, contournant, embrassant, ou les méandres de nos parcours, égarés par les hésitations et les erreurs, à peine sauvés par la démerde, juste de l’improvisation, de la débrouille, dont on recomposera, par la suite, à notre adresse, comme à celle d’autrui, les calculs et les mobiles.