Tango (8)

Tout se saisit, tout s’arrache, que chouinent les traîne-galoche, qu’ils se rassurent de piètres prières à leurs démons de carnaval, à quelques épouvantails dont même les gamins rient, tout se saisit, tout s’arrache, les terres bien sûr, et les existences trop insignifiantes bien sûr, et les consciences trop lâches bien sûr, tout se saisit, tout s’arrache, poigne ferme et argent lubrifiant, Don Simón, un géant, vous possède déjà, Don Simón arpente ses propriétés d’une démarche fière, et tout, Don Simón rafle tout, il contrôle l’eau la nourriture et l’air, il actionne les marionnettes qui se trémoussent sous l’étuve de leur rut, il brasse le jus du bouillonnement des expectatives, sans cruauté, sans exaltation, Don Simón saisit, Don Simón arrache, et sur les décombres des familles écartelées, sur les ruines des individualités, il disperse son or, il le disperse pour que s’érige un monument à son ego, pour qu’à la fin, sur le terreau trop fertile, ne croissent plus que les constructions stériles de son pognon, Don Simón, un géant, vitrifie le magma du Grand Démon, Don Simón ne tue pas, Don Simón purge la création, la nettoie de ses miasmes, et établit sur ce jardin son trône souverain, le trône de Don Simón.