Tango (7)

Aucune gloire ne surnage dans la pauvreté, que de l’âcreté, la noblesse du bandit, blague folklorique pour le bourgeois, se résout en trois coups précis de schlass, le bandonéon brisé, gît quelque part, là-bas, dans le gourbis où il jouait pour distraire la soif des soudards et l’ennui des fils de bonne famille, s’il décanillait de concert, sa conscience revint bien vite, eh quoi ! perdre tout ? tout ce pour quoi ses efforts couraient, non non, pas sur cette terre où aucun cadeau ne se prodigue, où aucune obole ne se paie, souvent trop cher, le taulier, face à lui, écoute son histoire, tellement imperturbable que la colère visiblement le démolit, sa gagneuse perdue, les ennuis avec les condés qui radinent, et le père, le père du défunt dont la puissance ébranle les ministres, le père, ce pilier de pouvoir, dont les pas monstrueux fracassent les pavés et les murs délabrés, ce Don Simón que craignent jusqu’aux bandits les plus sanguinaires du rio de la Plata, le taulier écoute son histoire, se lève lourdement, le visage comme une porte de prison, et lui, réalise toute son erreur, crache des sanglots inutiles, tremble des supplications et les poings du taulier, le taulier imperturbable, les poings du taulier s’enfoncent dans sa chair, transpercent la cache de ses organes, la peau les os les cartilages les ligaments les tendons, distordent arrachent et broient, et comme du bandonéon crevé ne coulent plus que de pathétiques sons, le joueur de bandonéon s’étale sur le sol, poche d’humeurs visqueuses qui ne produit plus que les gémissements qui, peut-être, conjureront la colère de ce démon, ce démon qui soustraie à son profit les terres, ce démon de Don Simón.