28 octobre 2018

Je picole, oui, je picole jour après jour, à mon coin de zinc, ma vue baisse, je m’encroûte, je m’enfonce et ça me plaît et je déteste ça et je me déteste. Avant, je pouvais faire germer n’importe quel coin de cette ville, par magie, eh oui, et alors, pourquoi pas ? D’une caresse, j’invoquais les coquelicots, la camomille, l’amaranthe, l’armoise, l’ortie, et toutes les costaudes qui se gaussent des efforts urbains à désertifier, à vitrifier, à stériliser. Ma réputation m’envoya sur la liste des criminels patentés, poursuivis par les défenseurs de l’aseptisation, je me marrais, je leur échappais, je fleurissais, des admiratrices secrètes s’employaient dans l’ombre à faciliter mes sabotages, ouvrant les grilles des cours, les portes cochères, défilant de trous les grillages, grâce à leur amour, je me faufilais partout. Je picole, les bonnes gens me toisent, sévères les bonnes gens, toujours, je picole, oui, trop bouffi, trop rouge, trop vague, les bonnes gens, j’ai envie de leur cracher à la gueule, une bonne fois, mais je picole pour éviter ça.