Journal (58)

Je file en météore au travers des galaxies, le sel sacré des rayons cosmiques irrite ma langue bifide, mes antennes vibrent, aspirent goulûment le sucre, transmettent des messages de volupté à tous les ailleurs inattentifs, ma peau crevassée absorbe les coups des photons, transpercée, traversée, comme par inadvertance, j’attise les braises de mon œil, pour porter aux infinis la caresse de son courroux. Ah ! Me voici ! Je me croise, je me confonds avec moi, avec lui, le lui mort, le lui dort, agité de secousses qui s’enracinent dans l’alchimie de l’hydrogène. Mes membres, disséminés à des années-lumière, cabriolent gaiement, sans se soucier des origines. Combien sommes-nous, qui cavalons sur nos ventres, frappant de nos phalanges flétries les pans de ce mirage ? Je ne comprenais pas, non, je ne comprenais pas, je ne comprenais pas que je ne comprends pas, je ne comprenais pas que je ne comprends rien, que je ne comprenais pas, que ne je ne comprends rien à mon séjour.