Journal (54)

En sortie de taff, après le bruit, l’ozone, les tempêtes essuyées dans des verres d’eau poisseuse, je me consentirai dorénavant une marche au hasard, pas trop aléatoire tout de même, compte tenu de la déficience de mon sens de l’orientation, dans le clair-obscur du début de soirée, pour éliminer les toxines, celles, physiques, des canons du midi, celles, psychiques, des spéculations inévitables que génère une communauté d’individus hétérogènes, obligés de se soutenir, à peine, sans réellement se connaître, ou se goûter, platitudes des quelques préoccupations communes, un bécot, une caresse, pour nouer sobrement, une grimace pour l’autre, qu’on ne blairera jamais, de la politesse, pour parvenir à faire ensemble, et des rigolades, quand même, entre copains. Dans les rues, personne ne me toise, silhouette qui glisse, se révèle et se confond, la fleuriste range ses parures bien sages, un chien promène sa mémère, des groupes discutent, on ne défile plus, relâche, on gratte une respiration, et les fenêtres comme des mirettes atteintes de stroboscopie palpitent du pouls bleuté des écrans où l’on s’endort. Je balance ma démarche de cowboy obèse ou de loulou pas dégrossi, tout le monde s’en fout, aucun testostéroné ne me zieute comme pour me casser la gueule, aucune rombière ne me pince la braguette à chicots ou ne me plisse du pif, personne m’emmerde, j’emmerde personne, j’échappe un peu.