Tango (3)

Paysan et arrogant, on le laisse entrer, et je joue, je joue, mon bandonéon vibre, je joue ces notes qui m’élèvent, ces notes qui m’enlèvent, cette tendresse qui m’’empoigne, le désarroi, le chagrin qui brisent comme mes reins, fils de personne je joue, mes doigts baguettes magiques, je joue la joie de ceux que l’avenir efface, je joue pour ceux que la crasse menace, pour ceux qu’on condamne entre deux repas, je joue, je joue pour briser ma colère, et lui, le paysan, lui, il joue, il joue aussi, sa guitare comme un fusil, paysan ! paysan et arrogant ! il joue et la musique emplit le vide du rire, il joue et sa musique susurre à mon bandonéon, susurre, me susurre à moi, des songes de ce qui, de ce que peut-être, susurre une douce colère, et mon bandonéon, et moi, et mon bandonéon, et moi, nous, nous, nous aussi nous jouons, et même les cafards qui courent, et même la puanteur de mes habits, et même mes mains qui tremblent de fatigue, tout le monde joue, et transforme les gens en gens.