Journal (52)

Le savoir enchante le professeur, pour lui, les mots contiennent des mystères, et en décrivent d’autres, les langages, vernaculaires comme mathématiques, chantonnent à son ouïe de vives mélodies qui célèbrent les arrangements de l’intellect et les compositions de l’imaginaire. Le professeur ne songe jamais à utiliser la langue à son profit, et s’entête, au contraire, à transmettre des connaissances, à propager des éblouissements. Las, on se gausse à son passage, jamais bien beau, le professeur n’embellit pas avec l’âge, pas trop costaud et trop gentil, il note le sarcasme, regrette la rosserie, puis poursuit le fil de son voyage au travers de territoires spirituels, hors de portée des ricaneurs. Lorsqu’il fallut affronter le Rectorat pour contrer l’iniquité d’une administration qui n’investit que chichement dans les quartiers habités par les pauvres, le professeur participa à la séquestration du proviseur de son lycée, le professeur ne manque ni de bravoure, ni de convictions, mais privilégie tout de même les livres, les conférences, les films, les prodigieuses régions de l’inventivité et de la cognition. Certaines de mes collègues se plaignent des hommes qui, des hommes quoi, lors qu’elle succombent pour un mignon cul, une tronche virile, et de la tchatche inépuisable, personne ne brise le célibat du professeur, la modestie, manifestement, n’augmente en rien l’avantage reproductif. On ne se pratique plus guère, nous deux, l’éloignement, la flemme, tout ça, mais je le compte, fièrement, parmi mes amis.