30 septembre 2018, seconde entrée

Dans les rangs, voilà notre place, la famille, les profs, l’administration publique et privée, les employeurs, les médecins, tous te l’ordonnent, et il ne te suffira pas de faire selon leurs prescriptions, tu devras également exprimer distinctement ton enthousiasme, une génuflexion hypocrite ne les contentera pas, dévouer ton bras à leur service les satisfera juste assez, mais que tu leur cèdes toutes tes envies, cela excite leurs appétits. Surgissent toutes sortes de prétendants et de sirènes, viens susurrent-ils, viens à moi, engage-toi auprès de moi, je suis la cause, la seule, la vraie, tu te battras pour moi, tu te sacrifieras pour sauver le monde, délivrer nos frères, viens, donne un peu de sous au moins, donne, donne, engage-toi, deviens mon serviteur, contemple toute cette misère, nous la guérirons, engage-toi, meurs donc pour moi. Mais les autres tonnent je suis la loi et je suis l’ordre, enrôle-toi dans mes armées, brandis pour moi la baïonnette, engage-toi, tu serviras la cause la plus forte, tu serviras la cause la plus juste, coiffe ton casque, revêts ton uniforme, engage-toi, je te récompenserai, les hordes grognent à nos portes, pointe le canon de ton fusil et tire si cela s’impose, tire quand cela s’impose, tire lorsque je le commande, engage-toi, mon épouvantail, mon mignon, je te paierai de belles médailles, et d’un enterrement pas trop dégueu. Vivre, sans menottes, sans singeries goguenardes, sans simagrées cyniques, vivre, autrement qu’en valet, vivre, en épaulant mon prochain, tout en grattant mon sentier singulier, vivre, on ne nous l’offre jamais.