L’incendie

Les flammes mangent le bâtiment, elles grondent de satisfaction, les choses pètent, craquent et s’embrasent. La fumée envahit les recoins, il faut ramper pour échapper au piège asphyxiant. Hélène, un mouchoir sur la bouche, progresse lentement. Un meuble s’écroule, une planche la heurte, le feu caresse sa main gauche, brièvement : elle hurle sous la douleur. Hélène est courageuse, Hélène veut vivre, elle pousse la porte de l’immeuble, titube, on la rattrape, elle est sauvée.

Quelqu’un lui tend une tasse de quelque chose, on bande sa main, une couverture coiffe ses épaules. On lui parle, elle répond « Non, merci, laissez-moi », on insiste, elle sourit, lasse, si lasse.

Hélène s’éloigne des tristes ruines qui furent sa demeure, elle longe le fleuve, la berge est calme, la nuit est fraîche, Hélène rêvasse. Elle a posé la tasse quelque part, la couverture échoue dans les galets, Hélène marche, les pieds blessés, le visage noir, noir de fumée.

Les trois motards boivent de la bière, fument sereinement. L’un d’eux crie « Salut p’tite dame, on se promène ? » Elle s’approche tout près, elle dit « Regarde, ma maison brûle, je n’ai plus rien, pas de papiers d’identité et pas d’argent, aucun vêtement, sinon cela, ce pyjama, troué, carbonisé et puis après, après quoi ? »