Journal (47)

Longtemps, je ruminais les échos des bavardages, incessants bavardages, je me figurais les murs de la ville comme les parois sur lesquelles se répercutent nos innombrables sorties oiseuses, les regarde comme je l’avais dit, les comme il manque de, les il est vraiment trop, les quand même on n’a pas idée de, les si c’était moi je, les si j’étais toi je, toutes ces saloperies de leçons de morale, qu’on ne s’appliquera jamais à soi, tous ces conseils qu’on distribue mais qu’on ne s’abandonnerait jamais à suivre, l’interminable litanie du baratin, du blablabla, les heures creuses consacrées à radoter des généralités convenues, pour se sentir un peu mieux, un peu moins minable, parce que, enfin, si je me compare, et en biaisant un peu la vue, je me trouverais, ah ! si seulement, je me trouvais, sans trop de scrupules, quelques qualités. Et la parlote, le babillage, le caquetage, sans cesse vrombissaient à mes tympans et m’étouffaient, je suffoquais d’un air vicié par la trivialité, et patati et patata, et gnagnagni et gnagnagna, et ceteri, et cetera. Quel écœurement. Mais le silence, aussi, s’aménage quelques creux à l’abri, de chiches domaines dominés par le brouhaha des langues, les jugements lapidaires des yeux, l’incurable bêtise des directeurs de conscience, qui savent les bons choix, qui savent, ils savent, ils savent, et nous infligent leurs sentences impérissables, des mots et de l’haleine de chacal, puis, du pas de l’oie, sans négliger des louvoiements toujours, forcément, très justifiés, se dirigeront jusqu’au cimetière.