27 septembre 2018

La crasse se love en nous, elle y déploie ses anneaux, elle y serre nos élans les plus généreux, elle nous imprègne d’humeurs maussades et belliqueuses, nous écartèle de jalousie, nous tire par l’envie, la crasse ricane par nos mâchoires, vole par nos mains, frappe par nos poings, elle veut posséder, dominer, elle ne songe qu’à détruire. La crasse nous mesure à nous-mêmes, elle naît en nous mais, surtout, elle naît de nous, et si elle recherche ses alliés à l’extérieur, toujours se revivifie dans les méandres de nos troubles, la crasse c’est encore du moi, du moi qui s’acharne à écraser le reste du moi. Elle vainct parfois sans grand combat, conquérant par l’éreintement, d’autres fois, elle s’installe comme en pays ami, où la méchanceté phagocyte le caractère, où la malfaisance tient lieu de personnalité, où plus rien n’équilibre la malveillance à l’égard d’autrui. Qui ne rencontre jamais de ces personnages falots, qui ne parviennent à dissimuler leur bassesse, tant celle-ci suinte d’eux ? Les adeptes du cancan, les pourvoyeurs en ragots, qui s’illusionnent sur une immunité leur procurant leur plus vif plaisir : creuser le sillon du mal, impunément. Cons comme des briques, mais sans la même utilité, l’assassinat les inspirerait, sans cette couardise qui aspire leurs velléités, plus sûrement ils propagent largement la crasse. Soumis à cette sordidité, je vacille, ou je flanche, culbuté aussi par ma vilenie, et me persuade de la domination sans mesure, sur nos esprits à tous, de la féroce crasse.