Journal (45)

Serait-il si scandaleux d’adjuger à tous ceux qui turbinent dans les coulisses les mérites de leur labeur ? Admettre la vertu des personnes qui récurent, qui nourrissent, qui soignent, qui éduquent, qui construisent, qui réparent, celles qui évacuent, qui éliminent, qui retraitent, qui récupèrent, celles qui fabriquent, qui transportent, qui distribuent, celles qui accueillent, qui recueillent, qui renseignent, celles qui protègent, qui sauvent, qui réconfortent, mon peuple, celui que j’accompagne, celui qui m’admet, à hue, à dia, non sans tiraillement, non sans grincement, un peuple non pas fondé sur de confuses origines mais sur son rôle, celui d’initiateur d’un séjour commun. Le même qui déambule dans les rues et les vivifie par sa présence, celui qui se mélange dans les foires, dans les marchés, qui se presse, se compresse, dans les concerts, les défilés, ou qui, encore, plastronne, s’émeut, critique et vocifère, sur les places des églises, sur les terrasses des cafés, sur les réseaux sociaux, celui dont les mains secourent, dont les bras hébergent, et qui sème le désastre pour soustraire à l’autre, au dehors, au chaos, son coin de terre, son carré de cour, sa collection de totems et de grigris, son mirage cadastral, sa mère-patrie.