Du couple

La machine grince, ses ferrailles tintent, son moteur grogne ; le pays se sculpte dans le quartz, le soleil y perce des réfractions, des diffractions. Indifférente à ces jeux, la masse de métal casse une piste au poids de chenilles de bois, navire qui se cherche un port sans savoir où il va.

Dedans, derrière des vitres polarisées, deux voyageurs ; un homme et une femme, assis en vis-à-vis. Ils ne se connaissent pas, ils se glissent des regards à la dérobée, il n’ignore pas ses jambes croisées et son minois, elle songe à ses bras, à des étreintes. Parfois, quand l’un ou l’autre varie sa position, leurs iris se rencontrent et se mêlent fugitivement ; on y lit peu, rien, et tout s’y dévoile, les sourires retenus et les phrases avortées.

Lorsque la monstrueuse embarcation s’arrête pour une pause, ils descendent ; chacun part de son côté. Deux autres montent.