Journal (34)

Tant de cieux qui nous épargnent de ce qui rôde au-delà, météores furieux, rayons mortels, nuées de gaz, nous ne survivons que dans cette boîte, entre la Terre, sa gravité, son champ magnétique, et l’atmosphère et ses gaz. Pourtant les défenses de notre cuirassé spatial ne rivaliseraient avec les véritables puissances de cet univers élastique, qui se tend et se détend au gré de forces si gigantesques que tenter de les concevoir n’amène que désarroi face à l’inimaginable, ainsi qu’une manière d’indifférence face à ce que nous ne saurions visualiser. Hausser les épaules, tourner la tête, esquisser une grimace, et se résoudre à ignorer la précarité de notre vaisseau, dont tant d’événements briseraient la course, dont l’intégrité se volatiliserait si aisément. Je lève les yeux, je pressens cette coquille de noix qui file courageusement dans le danger, je tremble pour l’étanchéité si fragile de ses parois.