Journal (30)

Quand je ronronne, à l’aise, sans souffrance, sans lassitude, sans faim qui me frappe au ventre, sans chaleur accablante, sans froid qui investit jusqu’à mon noyau le plus profond, sans assaut d’aucun ennemi, sans crainte des dangers qui surgiront immanquablement, quand je souris aimablement au passage du temps, sans culpabilité qui me fouaille, sans désespoir quant à la survenue de la suite, sans cette foutue certitude de tellement occuper une existence qui ne me concerne pas, quand la paix repose enfin intimement en moi, la belle paix sans contrepartie, sans amende à payer au prétexte d’une jouissance non méritée, lorsqu’une simple fraîcheur, un baiser, une caresse, une douceur, un bonbon, me suggèrent comme une légitimité à être, pourtant encore cet être se recompose, s’invente, recombine des molécules pour remplacer celles détruites, une physique qui me contraint, dont moi, ici, devant cette fenêtre qui me baigne de ciel bleu, je ne formerais qu’un phénomène émergent, comme la fenêtre et le ciel et le bleu, dont je ne constituerais qu’une apparition contingente.