De l’identité

Jean Jean, détective privé de son état, se gratte l’aisselle, il renifle ses doigts, sueur. Une barbe de trois jours lui colle de la broussaille sur le visage. Midi s’affiche à sa montre digitale, le facteur passe, une lettre tombe dans la boîte, choc sec. Jean Jean se déplie du fauteuil, grincement, il remonte son pantalon de velours sous sa bedaine, ses chaussures bon marché râpent le lino.

L’enveloppe contient une note, quelques billets, des photos, une grosse femme s’y affiche, ménagère de quarante ans divisée entre télé et vaisselle. Histoire d’adultère, une affaire classique, des heures de filature qui éructent lentement leur ennui, mais de la bonne thune pour Jean Jean, les finances comme d’habitude naviguent en sous-marin.

Pour cette fois, Jean Jean utilise un système automatique, il installe ses caméscopes, ses appareils photos dans la chambre d’hôtel où la mégère retrouve chaque vendredi son amant. Le lendemain, il développe les pellicules, envoie cassettes et images à son client, le tout rondement mené. Puis il boit. Sur son bureau, le mot de l’homme surnage sur un flot de papelards, « Prouvez-moi que cette salope me trompe, je m’occupe du reste. » Un malaise diffus lui titille la caisse à idées, et si ? Il s’enfonce dans l’inconscience, engourdi par la boisson.

Lorsqu’il émerge, les muscles douloureux, les quatre heures du matin ont trépassé ; son regard flotte, « Je m’occupe du reste. » Saisi, il se précipite hors de sa tanière, grimpe dans son cercueil roulant, le pavillon du couple est à côté, lumières, porte d’entrée ouverte ; dans le salon, l’infidèle irrigue une mare de sang. Jean Jean marque le coup, bête traquée il s’affole, puis se calme, compte jusqu’à dix, vingt, trente, et à quarante décroche le combiné, appelle les flics. Pas de problème, il leur expliquera les tenants et aboutissants, crime passionnel, il lui reste les clichés comme preuves. Il les sort de la poche intérieure de son blouson ; dessus, on aperçoit clairement, qui se lutinent, Jean Jean et feue son épouse.