Journal (25)

Qu’importe comment on me nomme, tous les noms disparaissent, qu’importe mon histoire, toutes les histoires s’oublient, je vis de mes tuyaux, des fluides qu’ils transportent, je vis de ma peau qui se confronte au monde des objets, de ma viande qui palpite et suinte, je vis de l’accumulation de vies, mycoses, virus, bactéries, qui s’attachent à mes organes, qui me traversent, qui me changent, qui pourraient me contrôler. En ce moment, tandis que j’écris, je vis, comme me l’indiquent ceux de mes tuyaux qui me font souffrir, la douleur comme le plaisir rappellent sans doute à la vie, en ce moment, ma peau pèle sur mes mains, mes yeux piquent par trop d’insomnies, oui, songes-y bien, tandis que j’écris, je vis, mais, tandis que tu liras ces mots, dans un avenir imprévisible, en cet autre moment, je ne vivrai peut-être plus. Imagine : mes doigts, qui martèlent ces lettres, ne forment-ils pas désormais seulement un amas d’os ?