Le complot de l’espace (roman-vidéo 2)

Loin de mourir, il crevait en effet de vitalité, son cœur tapait à vive allure, tambourinait au fond de sa gorge comme un foufou, tandis qu’il courait, déjà hors d’haleine, mais également hors d’esprit, submergé de craintes irrationnelles, harcelé par les dangers qu’il imaginait surgir de tout recoin, ses dents se déchaussaient, ses yeux s’exorbitaient, ses oreilles se déroulaient et ses pieds foulaient le sol à une allure folle, il courait,

il courait encore,

il courait toujours.

Il courut jusqu’à ce qu’un piège ignoble s’ouvrit sous lui, une gueule béante puant le pet qui sent les pieds, une bouche qui l’avala goulument, l’engageant dans un précipice qui semblait ne connaître aucun terme, à moins que, tout en bas, au plus profond, ne l’attende une mare de sucs immondes qui le digérerait lentement, commençant par fondre son éclatante armure de space-gendarme, pour ensuite attaquer inéluctablement ses chairs, le transformant en une pulpe informe. La peur et la détresse le craquaient de toutes parts, si bien que son cerveau choisit de tout déconnecter, et il s’évanouit.

Heureuse amie que l’inconscience qui nous épargne les plus abjects aspects du quotidien, ce dépérissement continu du monde qui se désagrège à chaque seconde de notre souffle, à chaque mouvement de notre main, douce confidente que l’inconscience, car elle empêchait au capitaine Taine de percevoir ce qui, dans cet endroit où il avait chu, s’agitait dans la pénombre : une créature sans traits discernables, qui ne semblait composée que de membres préhensiles, et dont les grognements confus ne rappelaient aucun langage articulé. Le monstre, à sa cadence grotesque, approchait du corps du gendarme, gisant à sa merci, sans espoir de secours.