Des mérites comparés du patriarcat et du matriarcat

L’ogre habitait le lotissement “La Chênaie” en compagnie de ses sept femmes. Flore avait les dents très noires, le teint jaune et l’haleine forte, elle lui servait de latrines, à disposition jour et nuit dans un coin du jardin. Monique souffrait du dos et des genoux, elle officiait comme banc. Claire se plaignait que le sang lui montât à la tête, accrochée à un trapèze, son vagin, garni d’un récipient de plastique, était la coupe. Brigitte mâchait les aliments et les régurgitait dans le bec de son mari. Stéphanie s’enduisait le corps d’une substance sèche et collante, elle rampait dans la pièce, la poussière et les crasses s’agglutinaient sur elle, et voilà un beau balai. Annabelle buvait une lotion spéciale, odoriférante, elle en mourait lentement, intoxiquée, puis elle léchait Monsieur partout, pour le laver. Coincée au pilori, Sylvie bougeait peu, sauf lorsque l’ogre, saisi d’envie, la culbutait en trois minutes et des grondements.

Ce fut Annabelle qui lui arracha une couille d’un coup de dents, puis chacune y alla de sa contribution. Une oreille fut grignotée, des dents brisées, un œil poché, des ongles écrasés, des côtes fêlées. Brigitte le scalpa et Flore lui trancha les doigts de la main gauche.

On fit un enclos dehors et on l’y précipita. On lui jetait parfois quelques pelures, sa graisse fondit, sa voix avait mué. Les jours de fête, on le sortait, on le lavait à grands seaux d’eau, et on l’apprêtait : des bas de soie rouge, un bustier dentelle et lycra rose, une jupe fendue au haut de la cuisse, des chaussures talon aiguille, un boa bleu fluorescent, un maquillage accentué. Cette jolie pute subissait tout : Claire aimait la fouetter jusqu’à l’évanouissement et Stéphanie sélectionnait les godemichets les mieux dimensionnés pour l’enculer longuement. Un jour, Brigitte, très ivre, lui enfonça la main très en avant, et ne sut pas demeurer dans les limites du raisonnable : elle l’agita beaucoup. Hémorragie interne, le jouet était cassé.