Lecture inspirante

 

Le texte :

Balance, oui, au rythme des talons, comme seule, abritée des vicissitudes, protégée de la trivialité, ta beauté en carapace, rien ne t’altère ou ne te touche. Passante au pas vif, les rues te sont destinées, ces rues où l’on décourage les haltes buissonnières, voies de transit au charme figé, comme le tien. Dans ces villes, rien ne dépasse, dans ta tenue non plus. 
 
Jamais tu ne me verras. Me verrais-tu que l’ironie de ton sourire me clouerait comme un insecte. Oui, me verrais-tu, que verrais-tu ? Une famille désolée, gens qui boivent, se battent, jaloux mesquins, englués de misère, intellectuelle et financière. Me verrais-tu, que verrais-tu ? Une existence perdue à l’implacable destin de mômes, de crasse, de cris, de vin et de rien, de plus en plus de rien puisque tes mines altières, et la dureté de tes manières, le confort de tes logis, l’épaisseur de tes barrières, nous coûtent à nous de plus en plus.
 
Pourquoi me verrais-tu ? L’outil sans âme qui gratte le trottoir, jour après jour, balai en main, qui en parcourt les bosses, les creux et les rigoles, les veines et l’épiderme, jusqu’au monsieur, petit monsieur, insecte importun et son journal donné à la volée. Nous discutons, cela fait chaud, même dehors ; plus tard, peut-être, ensemble, ferons-nous dans mon ventre des petits êtres, des sales, des vulgaires, de chair, de sang, si beaux de vitalité qu’ils écraseront ta perfection.